plb-agency

Négociation

Annoncer une baisse de prix à un vendeur sans le perdre

C'est le rendez-vous que tout le monde repousse. Il échoue presque toujours pour la même raison : l'agent arrive avec une conviction, et une conviction ne pèse rien face à l'attachement d'un propriétaire à son bien.

PLPar Paul Lombardo, Fondateur de plb-agencyMis à jour le 4 min de lecture

Pourquoi ce rendez-vous se passe mal

Trois erreurs reviennent, et elles sont commises par de très bons professionnels.

  1. 1Arriver avec une opinion. « Je pense qu'on est un peu haut » se répond par « et moi je pense que non ». Deux avis s'annulent ; il faut autre chose sur la table.
  2. 2Invoquer le marché. « Le marché est difficile en ce moment » déplace la responsabilité hors du bien et suggère qu'il suffit d'attendre que le marché revienne. C'est exactement la conclusion que le vendeur cherchait.
  3. 3Annoncer sans avoir préparé le terrain. Si c'est la première fois que le vendeur entend parler d'un problème de prix, il reçoit une mauvaise nouvelle sortie de nulle part, et il l'attribue à l'agence plutôt qu'au bien.

La troisième erreur est la vraie. Elle se joue non pas au rendez-vous, mais dans les six semaines qui le précèdent : une baisse de prix ne s'annonce pas, elle se prépare visite après visite.

La préparation commence six semaines plus tôt

Un vendeur qui a reçu quatre comptes rendus de visite, envoyés à chaud, dont trois mentionnent le prix ou un poste de travaux rapporté au prix, n'est pas dans la même situation que celui qui n'a rien lu. Il a vu la répétition. Il a peut-être déjà commencé à y penser sans le dire.

Le rendez-vous consiste alors moins à annoncer qu'à formaliser. Vous ne lui apprenez rien : vous mettez en ordre ce qu'il a déjà lu. C'est une conversation radicalement différente, et beaucoup plus courte.

Préparer les trois chiffres

Trois chiffres suffisent, et ils doivent être connus avant d'entrer.

  • Le nombre de visites sans offre. C'est le fait le plus difficile à contester : il est objectif, et le vendeur l'a lui-même constaté.
  • Le nombre de fois où la même réserve est revenue. Une objection isolée est un avis. La même exprimée quatre fois par des visiteurs qui ne se connaissent pas est une caractéristique du bien.
  • Le montant de la baisse envisagée, en euros et en pourcentage. Arriver sans chiffre revient à demander au vendeur de proposer le sien : il proposera toujours la moitié de ce qu'il faut.

Les deux premiers se lisent dans l'historique des visites du bien, à condition que les comptes rendus existent — c'est tout l'objet de la dictée en sortant du bien. Le troisième se cale sur les ventes réellement conclues autour du bien, qui donnent un écart chiffré plutôt qu'une opinion.

La phrase d'ouverture

Les trente premières secondes décident du reste. L'objectif est de placer le vendeur en position de constat, pas de défense.

OuvertureEffet
« Il faut qu'on parle du prix. »Annonce d'un désaccord. Le vendeur se prépare à défendre son chiffre avant même d'avoir entendu quoi que ce soit.
« Le marché s'est tendu, il faudrait s'adapter. »Déresponsabilise le bien. Le vendeur en conclut qu'il suffit d'attendre.
« J'ai repris ensemble les quatre comptes rendus que vous avez reçus. Je voudrais qu'on regarde ce qui revient. »Place le vendeur devant ses propres documents. Vous ne présentez pas un avis, vous ouvrez une relecture — et c'est lui qui conclut.

La troisième formulation a un autre avantage : elle est vraie. Vous n'êtes pas en train de vendre une baisse, vous êtes en train de faire le point sur un mandat, ce qui est votre travail.

Chiffrer, et une seule fois

La baisse doit être suffisante pour changer la position du bien sur le marché, pas pour donner l'impression d'un geste. Une baisse cosmétique coûte deux fois : elle ne produit aucun effet, et elle épuise le crédit dont vous disposiez pour en demander une vraie deux mois plus tard.

Deux repères pratiques, à ajuster selon le secteur. Premièrement, viser un franchissement de palier de recherche — passer sous un seuil rond fait entrer le bien dans les résultats d'acquéreurs qui ne le voyaient pas du tout. Deuxièmement, ne pas négocier en séance : proposez un chiffre, expliquez sur quoi il repose, et laissez le vendeur y réfléchir vingt-quatre heures plutôt que de le marchander sur place.

Si le vendeur refuse

Cela arrive, y compris avec une préparation parfaite. Deux choses restent à faire, et aucune n'est de forcer.

La première est de fixer un rendez-vous d'échéance : « on garde ce prix, et on refait ce point dans six semaines si nous en sommes toujours au même endroit ». Le refus devient alors une décision datée, prise en connaissance de cause, et non un désaccord ouvert.

La seconde est de continuer à envoyer les comptes rendus, exactement comme avant. C'est ce qui fera le travail à votre place : au bout de trois visites supplémentaires sans offre, le rendez-vous de suivi n'aura plus rien d'une confrontation. Voir aussi ce qu'il faut noter pendant la visite pour que l'objection serve plus tard.

FAQ

Les questions qu'on nous pose.

Au bout de combien de visites faut-il proposer une baisse de prix ?

Il n'y a pas de seuil universel, mais un bien beaucoup visité sans aucune offre après quatre à six visites pose presque toujours une question de prix. Le signal fiable n'est pas le nombre de visites seul : c'est la répétition de la même réserve chez des visiteurs différents.

Faut-il annoncer une baisse par téléphone ou en rendez-vous ?

En rendez-vous, ou au minimum en visio. Le téléphone ne permet pas de poser les comptes rendus sur la table, et c'est le support qui fait tout le travail. Un mail seul est le pire des trois : il laisse le vendeur réagir à froid, sans personne pour répondre.

De combien faut-il baisser ?

Assez pour changer la position du bien dans les recherches, en visant le franchissement d'un palier plutôt qu'un pourcentage arbitraire. Une baisse cosmétique ne produit aucun effet et épuise le crédit dont vous aurez besoin pour la suivante.

Que faire si le vendeur menace de changer d'agence ?

Ne pas céder sur le fond, mais dater la décision : convenir de conserver le prix et de refaire le point à six semaines. Un vendeur qui part chez un confrère revient souvent, et il revient avec la même objection — sauf que cette fois, c'est vous qui avez l'historique écrit.

Le suivi vendeur, sans les soirées de rédaction

Tout ce qui précède suppose un compte rendu écrit après chaque visite. Trente secondes de dictée en sortant du bien suffisent à le tenir, semaine chargée comprise.

Demander une démo